Ma vie sans toi, 20 ans plus tard

Ma vie sans toi, 20 ans plus tard

Être en deuil d’un parent à l’âge de 36 ans.

Je me rappelle m’être demandé :

*Comment vais-je faire?*

*Qu’est-ce que j’accomplirai sans que tu y sois?*

J’étais proche aidante, présente auprès de toi. J’ai vécu, à certains moment, le désespoir de ma mère, mais aussi les rires, les tendresses, les caresses du bout de ses petits doigts rugueux et les silences.

Je me rappelle les conversations pour que tes choses soient en ordre. Ton désir d’avoir une fanfare pour ta cérémonie. Le choix de tes chansons.

Je nous revois, les trois, étendues à tes côtés dans ton lit, attendant que les ambulanciers viennent te chercher pour ton admission en soins palliatifs.

Phanie et moi, chacune de notre côté, tes bras qui nous serraient fort et les bisous.

Nous étions redevenues tes enfants.

Et toi, notre maman.

Parce que force est d’admettre que lorsqu’on devient proche aidant d’un parent, les rôles sont très souvent inversés.

Je me rappelle aussi cette peur au ventre : celle que tu décèdes le jour de mon anniversaire.

Tout un cadeau.

Le deuil d’un parent, on fait quoi avec ça?

Comment l’expliquer à nos enfants de 8 ans qui, au matin, attendent des nouvelles de leur mamie?

Comment trouver les mots afin que la nouvelle soit douce?

Et puis moi, la proche aidante…

Je me redéfinis comment?

Je reprends le cours de ma vie de quelle façon?

On rembarque dans le train comment?

Des questionnements valides.

Et puis, 20 ans plus tard, les constats.

J’ai bien repris le cours de ma vie.

Certes, des détours ont été plus difficiles.

Et parfois, il y a eu du surplace.

Depuis 20 ans, je suis endeuillée de ma maman.

Certaines années, le 8 septembre passe sans embûche, simplement dans la routine de mon quotidien.

D’autres années, un feeling, une impression.

C’est gris, mais je n’arrive pas à m’expliquer pourquoi.

Et soudain, je me rappelle.

Oui… c’est aujourd’hui que nous nous retrouvions à ton chevet, Phanie et moi.

Vingt ans ont passé et j’ai encore de la difficulté à concevoir que tu n’es plus là depuis tout ce temps.

Aujourd’hui, c’est un mélange d’émotions. Un désir de me rappeler ton odeur, ton rire, de t’imaginer danser.

Les conversations, les bisous, les gratouilles dans le dos, la musique.

Et je me dis :

Comme j’aimerais te voir à une table avec toute ta gang.

Ma découverte, en le vivant, c’est que « la souffrance de l’absence devient plus douce avec le temps, mais que le deuil, lui, n’a pas de fin. »

Je suis habitée par le deuil.

Il fait partie de moi.

Le temps passé n’est pas gage que les larmes ne seront pas au rendez-vous.

Cependant, ce deuil n’empêche aucunement les moments de joie et de bonheur.

Je te parle souvent. Je te raconte ma vie, mes accomplissements, ton petit-fils.

Tu fais partie de moi et c’est ce que je trouve de plus réconfortant.

Absente physiquement, mais combien présente dans mon cœur.

Le deuil n’est pas une étape que l’on termine.

Il devient un état, une partie de nous, de notre histoire.

La souffrance de l’absence peut s’adoucir, mais le lien, lui, demeure.

Et moi, 20 ans plus tard, je continue ma vie avec elle quelque part en moi.

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